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Droit du travail

Licenciement abusif en Suisse : recours et indemnités

Paul LehmannJuriste droit du travail — contributeur8 mai 20267 min
Licenciement abusif en Suisse : recours et indemnités

Un licenciement abusif en Suisse ouvre droit à une indemnité pouvant atteindre 6 mois de salaire. Encore faut-il agir dans les délais stricts fixés par le Code des obligations. Tour d'horizon des règles applicables en 2026.

En Suisse, tout employeur peut résilier un contrat de travail de durée indéterminée sans avoir à justifier sa décision. Le Code des obligations (CO) pose néanmoins des limites claires : certains motifs de congé sont qualifiés d'abusifs et ouvrent un droit à indemnité.

Selon le Secrétariat d'État à l'économie (SECO), les conflits liés à la résiliation du contrat de travail représentent une part significative des litiges prud'homaux en Suisse romande. Connaître vos droits et les délais applicables est indispensable pour préserver toute chance de recours.

Le droit suisse du licenciement : CO art. 336 ss

Le Code des obligations, aux articles 336 à 336c, encadre la résiliation abusive et nulle du contrat de travail. Le principe général est la liberté de résiliation : l'employeur n'est pas tenu de motiver son congé. Toutefois, si le motif invoqué ou sous-jacent figure dans la liste des cas abusifs définis à l'art. 336 CO, le salarié peut réclamer une indemnité. La loi distingue deux catégories : le licenciement abusif (art. 336 CO) et le licenciement nul (art. 336c CO), aux conséquences juridiques différentes.

À retenir :

  • Le CO ne prévoit pas de motif obligatoire pour licencier, sauf convention collective contraire.
  • Les art. 336 à 336c CO définissent les limites légales à respecter.
  • Un licenciement peut être abusif même si le délai de congé a été respecté.

Motifs constitutifs de licenciement abusif

L'art. 336 CO liste les motifs qui rendent un congé abusif. Sont notamment visés : le licenciement en raison de l'appartenance syndicale du salarié, l'exercice d'un droit constitutionnel (grève légale, plainte auprès d'une autorité), ou encore des motifs liés à des caractéristiques personnelles sans lien avec le travail (origine, convictions religieuses, état civil). Un congé prononcé pour se soustraire à des obligations légales envers le salarié — par exemple juste avant l'acquisition de droits à des vacances ou à une rente — est également abusif. Le fardeau de la preuve incombe en principe au salarié, ce qui rend la documentation des faits essentielle.

À retenir :

  • La liste de l'art. 336 CO n'est pas exhaustive : les tribunaux peuvent reconnaître d'autres cas.
  • Conserver courriels, avertissements et témoignages facilite la preuve.
  • Un avocat ou un syndicat peut évaluer gratuitement la solidité du dossier.

Délais de contestation : agir dans les 30 jours

Le délai pour contester un licenciement abusif est strict : le salarié doit formuler une opposition écrite à l'employeur dans les 30 jours suivant la fin du délai de congé (art. 336b al. 1 CO). Sans cette opposition dans les délais, le droit à l'indemnité est définitivement perdu. Si l'employeur refuse de revenir sur sa décision, le salarié dispose ensuite de 180 jours pour saisir le tribunal compétent. En Suisse romande, il s'agit généralement du Tribunal des prud'hommes cantonal. Passé ce second délai, l'action est irrecevable.

À retenir :

  • Opposition écrite obligatoire dans les 30 jours après la fin du délai de congé.
  • Action judiciaire à introduire dans les 180 jours suivant l'opposition.
  • Ces délais sont des délais de péremption : aucune prolongation n'est possible.

Indemnité maximale : 6 mois de salaire

En cas de licenciement abusif reconnu, le tribunal peut allouer au salarié une indemnité allant jusqu'à 6 mois de salaire brut (art. 336a al. 2 CO). Ce montant n'est pas automatique : le juge tient compte de la gravité de l'atteinte, de la durée des rapports de travail et du comportement des parties. L'indemnité pour licenciement abusif est distincte du salaire dû pendant le délai de congé, des heures supplémentaires ou des vacances non prises. Elle est cumulable avec d'autres prétentions contractuelles, mais pas avec l'indemnité pour licenciement nul.

À retenir :

  • Plafond légal : 6 mois de salaire brut, sans minimum garanti.
  • Le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation.
  • Cette indemnité est soumise à l'impôt sur le revenu en Suisse (à confirmer avec votre administration fiscale cantonale).

Licenciement nul : différence avec licenciement abusif

Le licenciement nul (art. 336c CO) est une catégorie distincte et plus protectrice. Il intervient lorsque le congé est donné pendant une période dite de protection : maladie, accident, grossesse, service militaire ou protection civile. Dans ces cas, le congé ne prend pas effet et le délai de congé est suspendu jusqu'à la fin de la période protégée. Le salarié n'a pas à s'opposer dans les 30 jours : la nullité opère de plein droit. Si l'employeur maintient le licenciement à l'issue de la période de protection, les règles ordinaires sur le délai de congé s'appliquent à nouveau.

À retenir :

  • Nullité automatique : pas de démarche particulière requise pendant la période protégée.
  • La protection s'applique dès le début de la période (maladie, grossesse, service).
  • Après la période protégée, le délai de congé reprend son cours normal.

Protection pendant maladie, grossesse et service militaire

L'art. 336c CO définit des durées de protection variables selon la situation. En cas de maladie ou d'accident, la protection dure 30 jours durant la première année de service, 90 jours de la 2e à la 5e année, et 180 jours dès la 6e année. Pendant la grossesse et les 16 semaines suivant l'accouchement, tout congé est nul. Pour le service militaire ou la protection civile, la protection s'étend à toute la durée du service, plus quatre semaines avant et après. Un congé ordinaire donné avant ces périodes reste valable, mais son délai est suspendu pendant la période protégée.

À retenir :

  • La durée de protection maladie dépend de l'ancienneté du salarié.
  • La protection grossesse inclut les 16 semaines post-partum.
  • Un congé antérieur à la période protégée n'est pas nul, mais suspendu.

En résumé

Le licenciement abusif en Suisse est encadré par des règles précises, mais les délais sont courts et les preuves difficiles à rassembler seul. En cas de doute sur la légitimité de votre congé, consultez rapidement un syndicat, un service juridique ou un avocat spécialisé en droit du travail avant l'expiration du délai de 30 jours.

Pour approfondir vos droits en matière de résiliation abusive ou de protection pendant la maladie, consultez les ressources officielles du SECO et les fiches pratiques de votre canton.

Questions fréquentes

Mon licenciement pendant un arrêt maladie est-il valide ?

Un congé notifié pendant un arrêt maladie est nul de plein droit selon l'art. 336c CO, pour une durée de 30 à 180 jours selon votre ancienneté. Si le congé a été donné avant l'arrêt maladie, il reste valable mais son délai est suspendu pendant la période protégée.

Quel est le délai de préavis légal en Suisse ?

Le CO prévoit un délai de congé d'un mois pendant la période d'essai, puis de deux mois dès la fin de la première année de service, et de trois mois dès la dixième année (art. 335c CO). Une convention collective ou le contrat individuel peut prévoir des délais plus longs.

Puis-je être licenciée pendant une grossesse ?

Non : tout congé notifié pendant la grossesse et dans les 16 semaines suivant l'accouchement est nul selon l'art. 336c al. 1 let. c CO. Cette nullité opère automatiquement, sans démarche particulière de votre part.

L'indemnité de licenciement abusif est-elle imposable en Suisse ?

En principe, l'indemnité pour licenciement abusif est considérée comme un revenu imposable au sens du droit fiscal suisse. Il est recommandé de vérifier le traitement exact auprès de votre administration fiscale cantonale, car des particularités cantonales peuvent s'appliquer.

Quelle est la différence entre licenciement abusif et licenciement nul ?

Le licenciement abusif (art. 336 CO) reste valable mais ouvre droit à une indemnité jusqu'à 6 mois de salaire. Le licenciement nul (art. 336c CO) n'a aucun effet juridique pendant la période protégée : le contrat de travail se poursuit comme si le congé n'avait pas été donné.

Sources

Paul Lehmann

MLaw UNIGE, brevet d'avocat

Paul Lehmann pratique le droit du travail et de la prévoyance professionnelle à Genève. Il publie régulièrement sur les questions de permis G, frontaliers et CCT romandes.